Alain Minc : comment devient-on un héros ?

Dans « L’homme aux deux visages », l’économiste s’interroge sur les vies de René Bousquet et Jean Moulin, deux fonctionnaires aux destins diamétralement opposés.

Alain Minc.
Alain Minc. 

René Bousquet et Jean Moulin. L’exécuteur de la rafle du Vel’ d’Hiv inculpé de crime contre l’humanité et le grand résistant entré au Panthéon sous le vibrant hommage d’André Malraux. Est-on prédestiné à devenir un héros ou un salaud ? C’est la question que se pose Alain Minc dans L’homme aux deux visages. Comment deux fonctionnaires issus du même milieu social, partageant les mêmes valeurs radicales, baignant dans la même atmosphère franc-maçonne et tous deux voués à une ambitieuse carrière dans la préfectorale ont-ils pu avoir des destins si diamétralement opposés ?

Jusqu’en juin 1940, les deux hommes ont, en effet, la même histoire. Originaires du sud de la France, ils ont gravi les échelons de l’administration et sont devenus l’un et l’autre membre du corps préfectoral de Vichy. Appliquant le premier statut des juifs, l’internement des « étrangers de race juive », la loi sur les francs-maçons. Puis les destins basculent. Jean Moulin est relevé de ses fonctions en novembre 1940 et finira par rejoindre la France libre du général de Gaulle.

« Les deux trajectoires commencent en zone grise »

Bousquet, pour sa part, est pris dans un engrenage qui le conduit progressivement à devenir secrétaire général de la police, à conclure des accords avec les Allemands et à exécuter la rafle du Vel’ d’Hiv. Pourtant, lui aussi finit par être relevé de ses fonctions au printemps 1943. « Cet homme intelligent comprend, j’imagine, que l’histoire est terminée, que les alliés vont gagner, analyse Alain Minc. S’il avait basculé à cette date dans la Résistance, la France libre l’aurait accueilli à bras ouverts. Mais non, il persévère, retourne auprès de son mentor Pierre Laval et rentre dans un processus dont il ne peut ignorer l’issue. » Pourquoi n’expie-t-il pas ? C’est la question qui traverse tout le livre.

« Une alchimie complexe s’opère entre la morale, les convictions, les trajectoires et les hasards, répond Minc. Comme le disait François Mitterrand, « rien n’est blanc ou noir, tout est gris ». Bousquet est passé du gris au noir ; Moulin du gris au blanc. Mais les deux trajectoires commencent en zone grise. Reste à savoir pourquoi Alain Minc a choisi ce couple antithétique là. Il y en a tant d’autres… Pourquoi ne pas avoir choisi Brossolette et Brasillach, Paulhan et Drieu, Delouvrier et Pucheu, d’Estienne d’Orves et du Moulin de Labarthète ? L’explication est ici toute personnelle. « Interrogé dans ses Mémoires sur ses liens avec Bousquet, Mitterrand a alors eu une réponse pour le moins étonnante : Bousquet, c’était l’Alain Minc de l’époque. Comparer l’exécutant de la rafle du Vel’ d’Hiv à un juif ! Il fallait que je sache qui était vraiment cet homme. »

 » L’homme aux deux visages. Jean Moulin, René Bousquet : itinéraires croisés « , d’Alain Minc (Grasset, 192p., 17€)

D’après Le Point

Une réflexion sur « Alain Minc : comment devient-on un héros ? »

  1. Branlottin était un petit bilboquet au visage agréable et mobile, mais toujours gaché par un sourire narquois.
    Dans sa jeunesse, il était allé à la grande école des bureaucrates et en avait gardé des manières douceureuses et cassantes. Il s’était vite lassé du calcul des gabelles, accises et autres taxes, vérifiés par les mandarins de sa caste, et avait rapidement bifurqué chez les marchands.
    A ses débuts dans les affaires, le chemin de Branlottin avait croisé celui d’un riche italien qui possédait une fort profitable manufacture dans son pays. Cette manufacture fabriquait auparavant des machines à écrire qui ne se vendaient plus, et l’italien lui faisait maintenant produire des machines à compter qui se vendaient fort chères.
    Branlottin et l’Italien mirent sur pied une ambitieuse opération qui devait enrichir, et le commandité, et le commanditaire.
    Malheureusement, les calculs de Branlottin se révèlèrent aussi faux que les maximes qui remplissaient sa tête, et l’opération tourna au fiasco. L’Italien retourna dans son pays et Branlottin fut grillé pour toujours.
    Si Papejet avait vendu son âme au socialisme, Branlottin avait vendu la sienne au mercantilisme.
    Il avait choisi le bon camp : les marchands achètent les âmes plus cher que le font les bureaucrates.
    Comme sa position était rien moins que solide, Branlottin devait jeter force fumées pour impressionner les marchands qui utilisaient son truchement pour amadouer les bureaucrates. A une certaine époque, il s’était incrusté dans une fort pernicieuse gazette qui nourrissait des chimères, au point de se croire la gazette de Referenz. Ces plumitifs insolents posaient aux professeurs de vertu depuis des lustres,et ils donnaient déjà des leçons à Charles le Grand qui s’en moquait bien.
    Cette gazette était peuplée par des impies qui blasphèmaient cent fois par jour contre Hermès, Dieu du Commerce et des Voleurs.
    Le Dieu s’était bien vengé, et plus ils blasphémaient, plus la gazette périclitait. A la fin, deux marchands et un bureaucrate défroqué avaient emporté la place affamée, malgré la résistance des assiègés.
    Ensuite, Branlottin avait été expulsé de son fromage, et il ne s’en consolait point. Aussi pour continuer à exister à la Cour, il stipendiait de temps à autre un mercenaire, qui avec des ciseaux et force colle lui bricolait un ouvrage dans l’air du temps.
    Les libraires étaient forcés de recevoir le dégoutant opus, mais il ne s’en débitait aucun. L’auteur allait partout, surtout dans les étranges lucarnes, et répétait que, de bien écrire, il ne se piquait point. Il ne mentait point, et en cette rencontre, ce fut la seule fois de sa vie où il énonça une vérité.

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